« Mes respects, mon Colonel » !

Ce mot, « respect », prend toute sa dimension, devant l’acte ultime du Colonel Arnaud Beltrame. Un salut humble, un merci sincère. Que dire d’autre ?

L’essentiel transparaît dans ce que vous énoncez, effectivement. Notre admiration, notre reconnaissance viennent renforcer le respect dont vous parlez, à juste titre…

Mais ? Je vous connais Jefékoa… Mais ?

… mais, un point essentiel me gêne : pour faire court, ce que je qualifierais comme étant la sensation d’un acte manqué. Je suis persuadé que, si nous pouvions reprendre le fil des événements, le Colonel Beltrame en premier, considèrerait que la mission qu’il s’était lui-même fixée, n’a pas abouti. Certes, elle a permis la mort du terroriste, mais son ambition à lui, Arnaud Beltrame, devait très certainement viser à ce qu’il réussisse à mettre l’individu, hors d’état de nuire. Non pas en lui infligeant la mort renforcée par sa notion de martyr, mais en le gardant en vie, afin qu’il puisse parler et soit jugé. Et – comment vous exprimer ce que je ressens, sans choquer ou blesser qui que ce soit ? – j’ose dire que, là où il est maintenant, s’il pouvait traduire quelque chose, ce serait un sentiment de loupé. Peut-être même, au-delà : l’équivalent d’un aveu d’échec. Aussi, en prolongement, sans doute estimerait-il que l’hommage qui lui est rendu, est, en quelque sorte, volé…

Il est vrai que le même hommage, rendu à un vivant, s’il n’est pas moins vibrant, est moins marquant. C’est mon avis. Ne croyez-vous pas qu’il faille le sacrifice de sa vie, pour marquer durablement les esprits ? 

Les deux approches ne sont pas opposables. Et puis, vous savez, devant cet hommage de la Nation rendu à un homme hors normes, d’autres réflexions peuvent raisonnablement venir. 

Comme ?

Comme – sans être, pour autant, négatif – la question que l’on peut se poser, de savoir quelle place doit être réservée aux autres victimes ? On a le ressenti, du moins je l’ai à ce jour, qu’elles sont sur deux rangs parallèles et, non sur un même et seul rang. Alors que la mort est la même pour tous. Vous me répondrez que ces victimes n’ont pas fait le choix de devenir otages et que c’est ce qui fait du Colonel Beltrame, un homme, un officier, hors normes. Mais, dans le contenu de l’hommage, j’ai l’impression, perturbante, d’une reconnaissance de la victimisation, à deux vitesses. Et pourtant, j’insiste, l’hommage national est tout à fait juste.  

Un autre sentiment est troublant, je trouve : il serait souhaitable d’avoir une pensée toute particulière pour la caissière, dont le Colonel Beltrame a choisi de prendre la place. Vous vous rendez compte, avec quel poids, elle vit aujourd’hui et ce qu’elle va devoir supporter jusqu’à la fin de ses jours ? Ce doit être terrible comme position à tenir !

Chacun des acteurs, dans ce type d’événement, ressort de là, différent, j’en suis persuadé. Sans aucun doute, abîmé. 

Combien d’années encore, allons-nous devoir faire face ? Combien d’années de guerre à devoir surmonter ? 

Nul ne le sait, mais, la vigilance, le courage, l’attention à l’autre ne doivent pas nous manquer, pour les années qui vont suivre…

Et celles d’après ! 

 

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