La semaine dernière on disait “L’émotion traverse”, ce qui me fait emprunter un chemin du même nom, pour évoquer un autre thème : l’inquiétude. C’est tout de même une drôle de compagne, non ? 

Là, vous attaquez plutôt un grand chemin. De préférence discrète, diffuse, elle ne fait aucun bruit, alors qu’en fait, elle s’installe.

Vous aurez remarqué : à la différence de la peur qui surgit brutalement face à un danger identifié, l’inquiétude s’insinue, elle s’étire dans le temps. Elle accompagne.

Elle ne crie pas : elle murmure.

C’est nouveau, ça ? Encore une nuance de plus, JeFékoa ?

Pas vraiment. La peur est une réaction. L’inquiétude, elle, est un état. Un état qui naît souvent d’un manque de visibilité, d’une incertitude, d’un doute persistant. Et dans le champ du Risque Majeur, cet état est omniprésent.

Gipeurien, vous allez encore nous dire que tout va mal ?

Non. Mais reconnaissons-le, nous vivons dans un monde où les signaux faibles sont nombreux : tensions, climat, crises, accidents, autant de situations qui, sans être toujours directement vécues, nourrissent une inquiétude diffuse. Une inquiétude qui ne dit pas son nom.

Et que fait-on de cette inquiétude ?

Souvent, rien. On la contourne. On l’ignore. On la recouvre. Jusqu’au jour où…

Jusqu’au jour où l’événement survient.

Et alors, l’inquiétude laisse place à l’émotion. Brutale. Visible. Partagée. Pourtant avant cela, elle était là, silencieuse.

Attendez, pause ! Vous êtes en train de dire que l’inquiétude pourrait être utile ?

Oui. Parce que l’inquiétude est une alerte douce. Elle n’impose rien, elle suggère. Elle pose une question simple : “Et si… ?” Et cette question, si elle est accueillie, elle peut parfaitement devenir un point de départ.

Un point de départ vers quoi ?

Vers la Prévention. Car là où la peur sidère, l’inquiétude peut préparer. Elle peut ouvrir un espace de réflexion, une disponibilité intérieure. Encore faut-il ne pas la fuir.

Mais soyons honnêtes, Jefékoa, l’inquiétude dérange. Elle n’est ni confortable, ni spectaculaire. Elle ne mobilise pas naturellement. Elle demande un effort : celui de regarder, d’anticiper, de se projeter…

Justement. C’est peut-être là que tout commence, dans ce léger trouble, dans cette sensation diffuse, dans ce questionnement qui insiste. Car avant la prise de conscience, avant l’émotion, avant l’événement parfois, il y a quoi ?

Il y a l’inquiétude. Et pour le coup, votre réflexion est juste…

Et si nous apprenions à l’écouter ? Non pas pour avoir peur, pas pour céder à l’angoisse, mais pour lui donner un rôle. Celui d’un signal faible, d’un déclencheur discret. Car bien utilisée, l’inquiétude ne paralyse pas. Elle prépare.

Et peut-être, finalement, qu’elle constitue l’un des premiers pas vers une véritable Culture du Risque !

Et je crois bien que, derrière l’inquiétude, il y a déjà quelque chose qui commence…

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