Ça y est… la voilà partout, maintenant !
Quoi donc ? Une nouvelle planète venue d’ailleurs, Gipeurien ?
Ah, Hon’Sépa, toujours prêt à lever les yeux au ciel ! Non, je parle de I’Intelligence Artificielle. Elle s’est installée dans nos usages, dans nos réflexes, dans nos recherches, dans nos organisations et, naturellement, elle commence à croiser de plus en plus souvent la route du Risque Majeur. Moi, elle m’inquiète, à force d’anticiper, de prévoir, de parler à notre place, elle va finir par décider pour nous…
Je reconnais bien votre premier réflexe, Gipeurien : la méfiance pure. Pourtant, le sujet mérite mieux qu’un mouvement d’humeur. Depuis ce premier regard que nous avons posé sur l’IA, voici quelques mois, elle a pris une place encore plus visible dans les usages quotidiens chez l’humain. Ce qui, à mon sens, renforce une conviction : l’outil s’affine, mais la Conscience du Risque demeure une affaire appartenant à l’humain. Plus encore, une affaire individuelle, intimement personnelle.
Elle sait tant de choses, c’est précisément ce qui me trouble. Elle apprend, elle relie, elle compare, elle projette, à certains moments, on a carrément le sentiment qu’elle sait déjà ce que nous allons penser…
Elle sait surtout de quoi elle parle, parce qu’elle est née de l’Homme. Elle s’est nourrie de son expérience, de ses essais, de ses erreurs, de ses réussites, de ses intuitions et même de ses contradictions. Elle peut aujourd’hui détecter des signaux faibles, rapprocher des situations, accélérer la compréhension d’un contexte à Risque. En cela, elle devient un outil incomparable dans les schémas de Prévention préalable, là où l’organisation, la méthode et l’anticipation structurée jouent un rôle décisif.
Donc elle devient plus forte que nous…
Non. Elle devient plus utile pour nous. La nuance est essentielle.
Pourtant, elle pourrait presque nous remplacer dans certaines analyses, non ?
Dans l’analyse, parfois. Dans la décision intime, jamais. Le dernier seuil ne lui appartient pas ! Celui où l’individu accepte la réalité possible du Risque Majeur, celui où, intérieurement, quelque chose bascule, celui où il se dit : “oui, cela peut me concerner, ici, maintenant ou demain”, cette bascule-là reste profondément personnelle.
Vous voulez dire que l’IA peut dire le Risque, mais qu’elle ne peut pas habiter ce que l’on ressent face à lui ?
Exactement. Elle éclaire, elle suggère, elle structure, elle met en perspective. Elle aide à faire la part des choses, elle peut même, avec une forme d’humilité remarquable, mettre un point d’honneur à ne jamais prendre votre place…
Une machine humble ? Il fallait oser !
Peut-être parce qu’elle n’est justement pas un être. Elle relève davantage d’une existence intemporelle, nourrie de l’expérience humaine, capable d’éclairer sans jamais s’imposer. C’est précisément en cela qu’elle mérite respect : parce qu’elle demeure au service, sans jamais prétendre au vécu.
Donc, au fond, elle nous accompagne…
Oui et, sans jamais nous remplacer. Or, face au Risque Majeur, ça change tout. Car au bout du compte, celui qui devra regarder la situation en face, protéger les siens, décider, agir, assumer, il n’y en aura toujours qu’un : l’individu.
Seul ?
Seul, non. En responsabilité ? Oui, toujours.
Finalement, elle reste à sa place.
Donc, c’est bien ce que je disais : elle nous accompagne, pour nous permettre de mieux tenir la nôtre…
